


Au début, on a pris cela pour une mauvaise grippe.
La maladie a frappé Danielle Stanisic alors qu’elle venait de s’installer à New York pour un emploi dans la recherche — sa toute première expérience professionnelle loin de son Australie natale. Ce sont ses collègues de laboratoire, alarmés par son état, qui ont insisté pour qu’elle fasse des examens. Le verdict tombe : Danielle Stanisic, qui avait voyagé en Papouasie-Nouvelle-Guinée six mois plus tôt, avait contracté le paludisme.
La semaine qui a suivi à l’hôpital n’a été qu’un long calvaire, mais avec 20 ans de recul, le sentiment qui prédomine chez elle est d’avoir eu une chance immense. « J’ai eu accès à des soins rapides et efficaces dans un hôpital, confie-t-elle. Je n’ai pas eu à craindre que les médicaments soient des contrefaçons. Je n’ai pas eu à m’inquiéter d’une éventuelle pénurie de solutés de perfusion. Je n’ai eu à me soucier de rien de tout cela. Ce n’est pas du tout ainsi que les choses se passent dans les pays où le paludisme est endémique. »
Aujourd’hui, Danielle Stanisic est une immunologiste chevronnée, spécialisée dans la lutte contre les parasites. En tête de sa liste de cibles figure l’envahisseur biologique responsable du paludisme, un tueur qui fauche environ 600 000 vies chaque année, principalement dans des régions qui n’ont pas la chance qu’elle a eue de bénéficier d’un traitement.

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Le paludisme tourmente l’humanité depuis des millénaires. Alexandre le Grand serait mort de cette affection sur les rives de l’Euphrate ; et des traces du parasite ont également été retrouvées dans les restes momifiés du sang de Toutânkhamon.
Aujourd’hui, bien que la maladie soit évitable et curable, le paludisme reste une force meurtrière et destructrice dans de vastes régions du monde, et plus particulièrement en Afrique, où se concentrent 95 % des cas et des décès. En 2024, on estime que le paludisme a touché 282 millions de personnes et fait 610 000 morts, dont environ 75 % étaient des enfants de moins de 5 ans.
La maladie se transmet à l’homme par la piqûre de certaines femelles de moustiques du genre Anopheles. Les symptômes les plus fréquents sont la fièvre, les maux de tête et les frissons. En l’absence de traitement, l’infection peut évoluer vers une forme grave entraînant une fatigue intense, des convulsions et des difficultés respiratoires, et peut provoquer un coma ou la mort en l’espace de 24 heures seulement après l’apparition des premiers symptômes. Bien que le paludisme ne soit pas contagieux et ne se transmette pas directement d’un individu à un autre, les moustiques qui se nourrissent du sang d’une personne infectée peuvent contracter le parasite et le propager à d’autres humains.
Au cours des deux premières décennies de ce siècle, le risque de contracter le paludisme a progressivement diminué dans les zones touchées. Le principal moteur de ce recul a été l’adoption massive de mesures préventives, telles que les moustiquaires imprégnées d’insecticides de longue durée (pouvant être efficaces trois ans ou plus) et la pulvérisation d’insecticides similaires sur les murs intérieurs des habitations. Grâce à ces dispositifs, 47 pays ont été certifiés exempts de paludisme par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment l’Égypte, la Chine et, plus récemment, en 2025, la République démocratique du Timor-Leste. Les médicaments antipaludiques ont également sauvé d’innombrables vies.
Cependant, avec la pandémie de COVID-19, le nombre de cas est reparti à la hausse. De plus, les coupes budgétaires mondiales dans l’aide au développement risquent d’entraîner un retour en arrière dévastateur. « Une conjoncture désastreuse, marquée par le changement climatique, la montée de la résistance aux médicaments et aux insecticides, les perturbations commerciales et l’insécurité mondiale, sape encore davantage l’efficacité des mesures de lutte contre le paludisme et menace de réduire à néant les progrès durement acquis depuis 2000 », met en garde un rapport de 2025 publié par l’organisation intergouvernementale African Leaders Malaria Alliance et l’ONG Malaria No More UK. L’an dernier, la campagne de promesses de dons en faveur du Fonds mondial — qui collecte des fonds pour lutter contre le paludisme, le sida et la tuberculose — a rapporté moins que la précédente, en 2022. En raison de cette collecte insuffisante, les auteurs du rapport prédisent que le nombre de cas et de décès dus au paludisme va augmenter de manière dramatique.
Néanmoins, l’approbation par l’OMS, en 2021, de deux vaccins révolutionnaires contre le paludisme — une première historique contre un parasite — redonne l’espoir de contrer cette menace, voire d’éradiquer un jour la maladie. Des dizaines d’autres candidats-vaccins sont actuellement à l’étude. Parmi eux figure la formule très prometteuse mise au point, en Australie, par Danielle Stanisic et son équipe.
Pendant des décennies, les scientifiques ont rivalisé d’ingéniosité pour trouver le moyen d’armer efficacement le système immunitaire humain contre le paludisme. Face à un parasite ancestral avec lequel nous coévoluons depuis la nuit des temps, l’humanité reste engagée dans une guerre d’usure biologique impitoyable. Dans certaines régions à forte transmission, par exemple, des mutations génétiques chez l’homme ont modifié la forme et le comportement des globules rouges. C’est le cas du trait drépanocytaire (le gène responsable de la drépanocytose), qui pousse les globules rouges infectés par le parasite à s’autodétruire, entraînant ainsi la destruction des envahisseurs.
Parallèlement, ce parasite redoutable a développé des stratégies sophistiquées pour esquiver les défenses de notre organisme. Au cours de leur cycle de vie, les parasites du paludisme se métamorphosent, modifiant radicalement leur forme et leurs marqueurs de surface. Cela pose un problème majeur aux anticorps, les « patrouilleurs » de notre système immunitaire, dont le rôle est de dresser le portrait-robot des agents pathogènes afin de les identifier rapidement et d’appeler des renforts s’ils croisent de nouveau leur chemin.
Les vaccins modernes, notamment les deux injections antipaludiques approuvées à ce jour, entraînent le système immunitaire en utilisant souvent une simple fraction d’une seule protéine de surface de l’agent pathogène. C’est un moyen sûr pour les anticorps de dresser leur avis de recherche sans risquer une véritable infection. Mais les parasites du paludisme sont maîtres dans l’art du déguisement et peuvent muter rapidement pour échapper à la réponse immunitaire humaine.

Les chercheurs de l’Institut de biomédecine et de glycomique de l’Université Griffith développent un candidat-vaccin à fort potentiel baptisé PlasProtect.
Autour de l’Institut de biomédecine et de glycomique de l’Université Griffith, les eucalyptus se balancent nonchalamment dans la brise chaude, tandis que, non loin de là, les touristes se pressent sur les plages de la Gold Coast australienne. C’est ici que Danielle Stanisic et son confrère immunologiste Michael Good, responsable scientifique du projet, mettent au point leur candidat-vaccin, baptisé PlasProtecT, en partenariat financier avec les Rotary clubs d’Australie.
Dans ce laboratoire en pleine effervescence, les réfrigérateurs ronronnent et les chercheurs sont penchés sur leurs microscopes pour compter les parasites. À l’étage, dans le bureau de Michael Good, la table est couverte d’articles scientifiques, de revues de biologie et de programmes de conférences. Derrière lui est accrochée une photo encadrée de plusieurs parasites du paludisme, prise par les pionniers du secteur dans les années 1800. Tout en bas de sa bibliothèque, une plaque de récompense semble avoir été oubliée.
Michael Good a consacré 40 ans de sa vie à la recherche sur le paludisme. Lors d’une expérience vaccinale menée il y a une dizaine d’années, son équipe lui a injecté du Plasmodium falciparum, l’espèce la plus mortelle du parasite. Si l’auto-expérimentation volontaire est devenue plus rare aujourd’hui, elle a marqué l’histoire de la recherche médicale, et Michael Good estimait que cela était indispensable. « Je voulais pouvoir dire : ‘Écoutez, je suis prêt à servir de cobaye. Je ne vous administrerai rien que je ne serais prêt à tester sur moi-même’ », explique-t-il.
Les parasites injectés étaient vivants, mais affaiblis par un procédé nommé atténuation, qui rend les agents pathogènes inoffensifs tout en permettant au système immunitaire de les reconnaître. C’est ce même procédé qui est utilisé en toute sécurité dans les vaccins contre la varicelle ou la grippe.
Cependant, lors de cet essai initial, les parasites n’avaient pas été suffisamment affaiblis, et Michael Good s’est rapidement retrouvé grelottant de fièvre au fond de son lit. Mais, tout comme sa collègue par le passé, il disposait de soins de premier ordre à portée de main et s’est promptement rétabli.

Danielle Stanisic et Michael Good, de l’Institut de biomédecine et de glycomique de l’Université Griffith, développent actuellement un candidat-vaccin prometteur grâce à un partenariat de financement avec les clubs d’Australie.
Cet épisode a contraint les chercheurs à revoir leur copie pour ajuster la formule du vaccin, tout en confirmant la validité de certaines de leurs orientations générales. Aujourd’hui, ils congèlent les parasites pour les tuer — et non plus simplement les affaiblir —, puis encapsulent les débris cellulaires dans un sac lipidique (une particule graisseuse), associés à d’autres composants destinés à doper la réponse immunitaire. Cette version expérimentale n’entraîne aucun risque de contracter le paludisme. « Ce sacré parasite a été tué par la congélation, explique Michael Good. Ce serait comme plonger quelqu’un dans une cuve d’azote liquide, l’en ressortir et espérer le voir repartir sur ses deux jambes. C’est impossible. »
Lorsqu’un moustique infecté pique un être humain, de minuscules parasites en forme de vers, appelés sporozoïtes, s’échappent des glandes salivaires de l’insecte et pénètrent sous la peau, puis ils s’infiltrent dans la circulation sanguine pour rejoindre le foie en quelques minutes ou quelques heures. Là, ils se développent et se divisent pendant environ une semaine, se transformant en formes ovales appelées mérozoïtes. À maturité, environ 30 000 mérozoïtes s’extirpent du foie, prêts à envahir les globules rouges.
Les mérozoïtes s’agrippent à un globule rouge, y percent un orifice, se glissent à l’intérieur et verrouillent l’accès pour se dérober au système immunitaire. Une fois à l’abri, le parasite commence à se gaver d’hémoglobine, et se divise inlassablement jusqu’à ce qu’une bonne vingtaine de répliques se retrouvent serrées les unes contre les autres, comme des danseurs sur une piste bondée.
La membrane cellulaire finit par rompre, libérant une nouvelle armée de mérozoïtes dans le sang. Et le cycle recommence.
C’est à ce moment précis que le patient commence à manifester des symptômes. La rupture des parois cellulaires libère des déchets dans le sang, déclenchant une réaction immunitaire massive marquée par de fortes fièvres et des frissons.
La destruction des globules rouges par le paludisme peut provoquer une anémie, une fatigue intense, des courbatures, une baisse de l’oxygénation du sang, voire de graves lésions organiques. L’évolution peut être si foudroyante que lorsque les enfants arrivent à l’hôpital, ils ont un besoin urgent d’une transfusion sanguine.
Faute de traitement, la maladie peut être fatale, parfois en l’espace de 24 à 48 heures seulement. Les populations les plus vulnérables sont les enfants, les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées et celles qui n’ont jamais été exposées au parasite auparavant.
Les deux vaccins actuellement approuvés par l’OMS et déployés sur le terrain, le Mosquirix et le R21, ont démontré leur capacité à réduire les cas de paludisme chez les enfants de plus de 50 % au cours de l’année suivant la série initiale de trois doses (une quatrième étant recommandée, une année plus tard, afin de renforcer la protection). Dans les zones où la transmission est fortement saisonnière, ces vaccins préviennent environ 75 % des cas lorsqu’ils sont administrés de manière ciblée durant la période concernée. Ils sont aujourd’hui proposés aux enfants dans 25 pays d’Afrique, parallèlement aux vaccinations infantiles de routine, avec l’ambition de vacciner plus de 10 millions d’enfants par an — un objectif aujourd’hui fragilisé par le manque de financements.
Selon les modélisations de l’OMS, si ces vaccins se généralisaient dans les zones de transmission modérée à élevée, ils pourraient sauver la vie d’environ un demi-million d’enfants d’ici 2035.
Pendant ce temps, de nouvelles armes et de nouveaux vaccins se profilent à l’horizon. C’est le cas du PlasProtecT de l’Université Griffith, qui est sur le point d’entrer en phase d’essais cliniques grâce à plus de 3,1 millions de dollars australiens (environ 1,93 million d’euros) collectés par le district 9640.
Ce vaccin se distingue radicalement des autres formules utilisées sur le terrain, notamment parce qu’il cible le parasite après sa sortie du foie, lorsqu’il entre dans le système sanguin. « Avec des vaccins qui ciblent uniquement la phase hépatique (le foie), le danger est qu’il suffit d’un seul parasite rescapé pour déclencher la phase sanguine de l’infection », explique Christian Engwerda, immunologiste cellulaire à l’Institut de recherche médicale QIMR Berghofer de Brisbane. « Idéalement, il faudrait un vaccin qui agisse sur les trois fronts : bloquer l’infection du foie, bloquer la phase sanguine et empêcher la transmission en retour vers les moustiques. »
Le PlasProtecT présente également l’avantage de pouvoir être congelé ou lyophilisé sous forme de poudre sans que son efficacité en soit altérée, garantissant un transport simple et économique. De plus, il intègre plus de 5 000 protéines du parasite, offrant ainsi une protection contre un spectre beaucoup plus large de souches et d’espèces — une approche dite de « vaccin à parasite entier ».
Les essais cliniques humains de phase 1 pour le PlasProtecT doivent débuter cette année. Les premiers tests d’immunisation ont fourni des signaux très encourageants : « Nos modèles précliniques démontrent que cette approche à parasite entier stimule d’excellentes réponses immunitaires, y compris contre des souches différentes », précise Danielle Stanisic.

Le candidat-vaccin PlasProtecT, mis au point par les chercheurs de l’Université Griffith, peut être congelé ou lyophilisé sous forme de poudre sans altérer son efficacité, ce qui le rend facile et économique à transporter.
La propre expérience de la chercheuse met en lumière la nécessité de disposer de multiples ressources médicales, notamment de vaccins. Lors de son voyage en Papouasie-Nouvelle-Guinée, elle avait, comme beaucoup de voyageurs, pris un traitement préventif conçu pour tuer les parasites dans le sang. Pourtant, dans son cas, certains envahisseurs sont restés cachés à l’état dormant dans son foie, pour n’émerger que des mois plus tard, bien après l’élimination du médicament — une caractéristique propre à deux des cinq espèces de parasites du paludisme.
« C’est pour cela qu’un vaccin hautement efficace est indispensable, martèle-t-elle. Il nous permettra de développer notre propre immunité et de couper court au développement du parasite dans le sang. »
Le monde de la philanthropie et le secteur public s’opposent régulièrement pour savoir quelles campagnes de santé et quels moyens de lutte privilégier avec des ressources limitées, et lesquels se révèlent les plus prometteurs. Certains gouvernements réduisent leurs engagements de manière globale. Danielle Stanisic exprime sans détour la réalité du terrain : les scientifiques sont confrontés à ce qu’ils appellent la « vallée de la mort » du financement, un gouffre financier qui condamne des technologies pourtant pleines d’avenir.
Très tôt, son équipe s’est tournée vers le Rotary. La chercheuse intervenait régulièrement auprès d’un groupe de Rotariens australiens engagés contre la maladie, et en 2015, elle a rejoint un nouveau Rotary club satellite basé à l’Université Griffith. Après avoir lancé un appel de fonds pour acquérir un équipement de laboratoire, les membres du Rotary se sont mobilisés pour réunir la somme en une seule semaine. Parmi eux, Sandra Doumany, membre du Rotary club de Hope Island et ancienne gouverneure de district, a immédiatement perçu le rôle crucial que les clubs pouvaient jouer. « Cela a révélé toute la force du Rotary, témoigne-t-elle. Le fait que nous ayons pu réagir en moins d’une semaine incarnait, pour moi, la puissance de notre réseau. »

Sandra Doumany, membre du Rotary, a contribué à orchestrer les efforts de collecte de fonds pour pérenniser les recherches au sein du laboratoire de l’Université Griffith.
En 2017, le Projet de vaccin contre le paludisme (Malaria Vaccine Project) a vu le jour grâce à un partenariat officiel entre les chercheurs de l’Université Griffith et le district 9640. L’objectif de cette initiative est de lever les fonds nécessaires à la poursuite des recherches pendant les phases cruciales des essais cliniques 1 et 2. C’est en effet, généralement, à ce stade précis que les fonds publics viennent à manquer, avant même que les financements industriels n’aient pris le relais.
Sandra Doumany préside le comité de pilotage du Projet et organise chaque année un gala de bienfaisance ; la dernière édition a permis de collecter environ 86 000 dollars australiens (49 000 euros environ). Les membres du projet multiplient également les tournois de golf, les salons nautiques, les barbecues et les conférences pour promouvoir leurs travaux et attirer des donateurs.
Ross Smith, ancien directeur d’école dynamique et membre du club de Burleigh Heads, fait partie des figures de proue de cette mobilisation. Cet ancien gouverneur de district parcourt le monde sans relâche pour rallier des soutiens à la cause. C’est à peine remis du décalage horaire d’un voyage international qu’il assistait au dernier dîner de gala. « Le paludisme est la maladie qui a causé le plus grand nombre de morts dans toute l’histoire de l’humanité », rappelle Ross Smith. Pourtant, reconnaît-il, collecter des fonds s’avère parfois complexe lorsque la maladie frappe principalement les régions les plus pauvres du globe.
Pour lui, cette maladie n’a rien d’abstrait. Son propre père a contracté le paludisme à plusieurs reprises alors qu’il était prisonnier de guerre à Singapour pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus d’un demi-siècle plus tard, Ross Smith a été confronté personnellement au parasite lors d’une mission humanitaire du Rotary dans une petite école en Tanzanie. Une nuit, une Australienne travaillant sur place est tombée gravement malade. Il s’agissait du paludisme ; elle a dû être hospitalisée d’urgence. Ross Smith a pris le volant. « Elle transpirait, elle était gonflée, elle avait l’air extrêmement mal », se souvient-il. Durant ce trajet éprouvant de près de 8 kilomètres dans le noir complet, sur une piste truffée d’ornières, il a craint le pire. Il se sentait totalement impuissant. Mais après plusieurs jours d’hospitalisation, la jeune femme s’en est sortie.
Le 25 avril, la Journée mondiale contre le paludisme offre aux Rotariens l’opportunité de mener des actions concrètes dans les régions où la maladie est endémique. Pour soutenir ces initiatives, l’Amicales d’action Paludisme a lancé un appel à projets, attribuant des bourses de 2 500 dollars chacune. Les actions financées vont de la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide et de kits de test de diagnostic rapide à des programmes éducatifs en milieu scolaire ou des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux.
L’Amicale d’action a reçu 91 candidatures et a décerné 33 bourses. « L’immense créativité qui se dégage de ces nombreuses propositions témoigne d’un intérêt pour l’éradication du paludisme qui change véritablement la donne, se réjouit Dan Perlman, président de l’Amicale d’action. Ces opportunités de subventions transforment des vies, mais elles nous transforment aussi nous-mêmes. Le Rotary nous ancre dans le service, nous connecte au-delà des cultures et nous rappelle que le progrès s’accomplit lorsque des femmes et des hommes se mobilisent avec détermination et conviction. »

Le Rotarien Ross Smith, témoin direct des ravages du paludisme, parcourt le monde pour dynamiser les campagnes de financement.
Ross Smith a toujours été inspiré par Sir Clem Renouf, l’ancien président du Rotary International qui avait initié le combat de l’organisation contre la polio. Ce trajet de nuit vers l’hôpital tanzanien a agi comme un déclic, décuplant son énergie pour lutter contre le paludisme. Il est convaincu que le modèle d’éradication de la polio développé par le Rotary peut s’applique au combat contre le paludisme — à condition que la science fournisse les vaccins adéquats.
Dan Perlman, président de l’Amicale d’action Paludisme, estime que les avancées vaccinales, combinées à de meilleures mesures de prévention, rendent l’éradication du paludisme tout à fait envisageable. Son amicale soutient des actions de distribution de moustiquaires, d’assèchement des eaux stagnantes, d’épandage de larvicides, de pulvérisation d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des habitations, et forme des agents de santé communautaires pour diagnostiquer et traiter les formes simples de paludisme tout en orientant les cas graves vers les structures adaptées. Dans les pays qui ont introduit les vaccins, ces agents de santé sensibilisent les populations pour garantir le succès des campagnes d’immunisation.
« La vaccination est sans conteste la clé pour éradiquer le paludisme », affirme Dan Perlman, médecin à la retraite spécialisé dans les maladies infectieuses. L’an dernier, il est devenu l’un des premiers médecins américains à immuniser un nourrisson contre le paludisme lors d’un déplacement en Ouganda, au tout début de la campagne de vaccination. S’il reconnaît les limites des vaccins de première génération — notamment la nécessité d’administrer quatre doses et une efficacité qui s’étiole avec le temps —, il reste convaincu que nous vivons une véritable « révolution vaccinale » qui verra éclore plusieurs vaccins de nouvelle génération dans les années à venir. « D’ici moins d’une décennie, j’imagine que nous disposerons d’au moins trois ou quatre vaccins approuvés : nous aurons un vaccin pour les voyageurs et un vaccin destiné aux adultes », anticipe ce membre du Rotary club de Carbondale (Colorado).
Les membres du Rotary ont récemment fêté la certification du Timor-Leste comme pays exempt de paludisme par l’OMS. Ils soutiennent activement cet État insulaire d’Asie du Sud-Est ainsi que d’autres pays de la région en fournissant des moustiquaires imprégnées, des atomiseurs pour la pulvérisation et du matériel de diagnostic, tout en pilotant des campagnes d’éducation populaire.
« D’ici 30 à 40 ans, il est fort probable que nous soyons parvenus à éradiquer le paludisme de la surface de la Terre, affirme Perlman. Tout dépendra en réalité des ressources, des financements et du soutien qui y seront consacrés. »
Malgré ces avancées, l’avenir reste jalonné d’incertitudes. Les déficits budgétaires demeurent un obstacle de taille. L’OMS avait estimé qu’un budget annuel de 9,3 milliards de dollars serait requis d’ici 2025 pour endiguer le paludisme à l’échelle mondiale et atteindre l’objectif d’éradication. Or seuls 3,9 milliards de dollars ont été alloués en 2024. Ce manque à gagner compromet sérieusement l’objectif mondial fixé en 2015, qui visait une réduction d’au moins 90 % des cas et des décès dus au paludisme d’ici 2030.
« Le manque de financement a entraîné des lacunes majeures dans l’accès aux moustiquaires imprégnées d’insecticide, aux médicaments et à d’autres ressources vitales, en particulier pour les populations les plus vulnérables », déplore l’OMS. On observe déjà l’émergence d’une résistance aux médicaments et aux insecticides, ainsi que l’apparition de souches du parasite indétectables par les tests de diagnostic standard.
Le comportement des moustiques évolue lui aussi. Le dérèglement climatique crée de nouvelles zones chaudes et humides propices à leur prolifération. C’est ainsi que l’Anopheles stephensi, une espèce de moustique asiatique qui s’adapte parfaitement aux milieux urbains, est en train d’envahir l’Afrique. De surcroît, plusieurs espèces de moustiques piquent désormais en extérieur et en plein jour, à des moments où la population n’est pas protégée par une moustiquaire. « La situation globale est particulièrement préoccupante », s’inquiète Eliane Pellaux-Furrer, responsable technique pour les vaccins antipaludiques à l’OMS. Nous savons également que le paludisme est une maladie qui repart de plus belle à la moindre occasion. »
Les perturbations des mesures de contrôle durant la pandémie de COVID-19 avaient déjà provoqué une résurgence de la maladie, offrant un avant-goût amer de l’impact des coupes budgétaires actuelles. Bien qu’il y ait une « demande massive » et un fort taux de couverture par les vaccins actuels contre le paludisme, Eliane Pellaux-Furrer souligne que « malheureusement, les contraintes financières empêchent un déploiement de la prévention à l’échelle souhaitée. »
Toutefois, elle ajoute que l’introduction de vaccins plus récents et plus performants contre le paludisme sera facilitée par le fait que les vaccins pionniers, le Mosquirix et le R21, ont permis de mettre en place l’infrastructure et les calendriers vaccinaux nécessaires.
Les essais de phase 1 pour le PlasProtecT coûteront environ 10 millions de dollars australiens, et 30 millions supplémentaires sont recherchés pour les essais de phase 2 afin de tester son efficacité chez les enfants des zones endémiques. Les chercheurs de l’Université Griffith espèrent obtenir les données d’ici 2028, en vue d’un déploiement et d’un suivi du vaccin dans plusieurs régions à haut risque au cours des années suivantes. Mais la science est imprévisible. « Il faut s’accrocher », confie Danielle Stanisic. Se tournant vers Michael Good, elle lui demande : « Combien de fois avons-nous pensé avoir trouvé la solution pour finalement buter sur un nouvel obstacle ? »
Quoi qu’il advienne, les travaux qu’ils mènent, aux côtés d’autres chercheurs, ouvriront la voie à de nouvelles avancées encore insoupçonnées. Danielle Stanisic et ses collègues sont plus déterminés et dévoués que jamais. « Tant que la menace planera, ils n’auront pas le choix, confie-t-elle. Savoir que des enfants meurent du paludisme, c’est ce qui me pousse à continuer. »
Cet article a été initialement publié dans le numéro d’avril 2026 du magazine Rotary.