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Une boursière de la paix met en pratique ses connaissances théoriques

Texte :

Gethen est en pleine ère glaciale. Sur cette planète où le froid est extrême, même les meilleurs jours d’été sont épouvantables. Florence Maher y a passé toute son enfance. Nous parlons au figuré bien sûr, car Gethen n’existe que dans les contes d’Ursula K. Le Guin, notamment dans son roman publié en 1969 et intitulé La Main gauche de la nuit, un des nombreux ouvrages d’anticipation que Florence a lus en grandissant.

« De nombreux livres de science-fiction examinent des questions sociales, mais dans un contexte différent, explique-t-elle. Ils vous permettent de poser des questions cruciales sur l’évolution du monde en imaginant la planète suivre une trajectoire différente. Je m’intéresse à toutes ces questions structurelles, notamment d’un point du vue pratique. »

Adulte, Florence Maher continue de poser ces questions alors qu’elle recherche des moyens d’optimiser ses connaissances et compétences au sein d’organisations internationales. Aujourd’hui, cette diplômée de la paix du Rotary travaille comme experte en sciences sociales au sein de l'Organisation de Coopération et de Développement économiques, recueillant des données et recommandant des politiques visant à diversifier le secteur de l’énergie nucléaire à l’échelle mondiale.

« L'identité d'un boursier de la paix est très forte… Elle indique que vous adhérez à certaines valeurs », souligne Florence Maher.

Photo : Thomas Cytrynowicz

Florence Maher grandit dans une zone rurale de l’Oregon (sur la planète Terre). L’emploi de son père l’amène à se déplacer dans l’ensemble du nord-ouest des États-Unis, y compris l’Alaska. Cependant, pendant deux ans, la famille se retrouve à Berlin peu après la réunification de l’Allemagne dans les années 90. « C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que le monde était bien plus grand que je ne le pensais, avoue-t-elle. Cette expérience m'a mise sur la voie d’une carrière internationale. »

Florence Maher passe ensuite deux ans au Earlham College, une université de l’Indiana avec 1 100 élèves de premier cycle, avant de parcourir l’Inde à sac à dos et de travailler comme fille au pair en Allemagne. « À l’issue de ces épisodes, il n’était plus question de retourner dans l’Indiana, dit-elle. Je voulais quelque chose de différent. »

Si Florence en sait beaucoup sur le monde, elle ne sait par contre pas grand-chose sur son propre pays. Pour pallier cette carence, elle termine ses deux dernières années de premier cycle à la Howard University, un établissement situé à Washington qui forment historiquement des Noirs. Étant blanche, elle s’efforce de respecter l’histoire et les traditions de cette environnement accueillant pour apprendre sans attirer l’attention sur elle. « En tant que blanche, je n’étais pas dans mon milieu, dit-elle. J’étais là pour me taire et écouter. »

Elle obtient son diplôme en 2009 et après avoir suivi un processus long, intimidant et concurrentiel, elle finit par trouver un emploi en tant qu’agente diplomatique au Département d’État américain. « À l’époque, mon rêve était de travailler à l’étranger et d’y représenter notre gouvernement », affirme-t-elle.

Florence Maher est affecté aux services consulaires au Mexique, où elle fait passer des entretiens à des demandeurs de visa. Son travail l’épuise émotionnellement car, contrairement à ses valeurs, elle doit souvent refuser les demandes au regard de la loi. « Vous n’êtes pas là pour émettre une opinion personnelle, déclare-t-elle. Votre fonction est d’interpréter la loi américaine sur l’immigration. »

En 2018, Florence Maher s’exprime devant un auditoire rassemblant notamment des camarades de classe de l’Université chrétienne internationale à Tokyo. Un an plus tard, elle fait une pause durant son stage en France.
Avec l’aimable autorisation de Florence Maher


Florence est ensuite mutée en Italie dans le cadre la mission économique avant de revenir sur Washington en 2018. Elle se rend compte alors qu’elle ne veut pas faire ce genre de travail toute sa vie. Elle fait une demande de bourse de la paix du Rotary et décroche une bourse à l’université chrétienne de Tokyo (ICU). « J’avais besoin de temps pour me trouver, explique-t-elle. Je voulais passer deux ans pour suivre des cours, acquérir des compétences professionnelles et réaliser des études de terrain. ICU met fort l’accent sur la thèse qui doit reposer sur des recherches et j’ai ainsi pu faire des entretiens sur le terrain et développer mes compétences en recherche afin de compléter mes connaissances de praticienne. »

Florence Maher

  • Diplôme Bac+4 en économie et sciences politiques, Howard University (2009)
  • Bourse du Rotary pour la paix, Université chrétienne internationale (2018/2020)
  • Membre du conseil d’administration de l’Association des diplômés des Centres du Rotary pour la paix (2023/2025)

En particulier, Florence Maher examine une tentative d’élaboration d’un plan d’action national relatif aux affaires et aux droits humains au Mexique. Cet effort, entrepris entre 2015 et 2018 par des représentants du gouvernement, du patronat et de la société civile, ne parvient pas finalement à former une coalition. Cependant, dans sa thèse de 50 000 mots, elle démontre comment l’expérience mexicaine visant à établir ce plan a permis de définir un cadre pour mieux exposer des griefs structurels de longue date et ériger des structures sociales plus équitables.

Florence a obtenu son master en sciences de la paix d’ICU en 2020. Aujourd’hui, à l’Organisation de Coopération et de Développement économiques, elle pense avoir trouvé l’endroit idéal pour mettre en pratique ses connaissances théoriques — et pour que ses aspirations personnelles aient un plus fort impact. « En juin, dit-elle, nos États membres ont adopté un instrument de politique internationale afin d’améliorer la représentation des femmes dans le secteur nucléaire. Il existe suffisamment d’études solides prouvant que des équipes diverses sont plus performantes et novatrices. » Cela pourrait nous aider significativement à lutter contre le changement climatique. Selon Florence Maher, en ayant plus de femmes dans le secteur nucléaire, nous pourrons obtenir davantage de soutien pour cette technologie, comblant ainsi le fossé entre la manière dont il est perçu et son réel potentiel.

Une partie des recherches étayant ces conclusions a été fournie par Florence Maher. « Je ne sais pas si j'aurais réussi à collecter les données si je n'avais pas été boursière de la paix, affirme-t-elle. Ayant fait une thèse solide, basée sur la recherche, j'avais la confiance nécessaire pour rassembler les données et rédiger le rapport. »

L'an dernier, elle a été élue au conseil d'administration de l'Association des diplômés des Centres du Rotary pour la paix. « L'identité d'un boursier de la paix est très forte, souligne-t-elle. Elle indique que vous adhérez à certaines valeurs, que vous essayez d’apporter des changements structurels et de rendre le monde meilleur. »

Cet article est tiré du numéro de février du magazine Rotary.

Les Centres du Rotary pour la paix ont formé plus de 1 700 diplômés qui travaillent dans plus de 140 pays.