On peut aussi parler d'éthique dans un pub irlandais

Brad Chick, juge au Grand concours d'éthique et mari de la Rotarienne Karen Kelly, totalise les scores qu'il a attribués.
Photo : Jim West. Tous droits réservés.

Prenons le cas de figure suivant : vous n’avez pas les moyens de nourrir votre enfant. Que faites-vous ? Vous volez de la nourriture dans un magasin ou vous le laissez mourir de faim parce que vous ne voulez pas enfreindre la loi ?  

De tels dilemmes sont parfois difficiles à résoudre, mais pour une organisation non gouvernementale au Michigan et les Rotariens qui la soutiennent, ils sont traités et débattus autour d’une bière bien fraîche.

En février dernier, l’association A2Ethics.org a organisé la troisième édition annuelle de son Grand concours d'éthique dans un pub irlandais de la ville universitaire d'Ann Arbor. Un public très varié composé d’étudiants, de retraités, de professionnels et de professeurs d’université s’y est retrouvé pour tenter de résoudre des problèmes éthiques de la vie quotidienne, un verre de bière à la main.  

S’amuser avant tout

Le principe du concours est simple : les participants sont répartis en équipes et ont deux minutes pour répondre à des questions tirées au sort. Parmi les sujets traités : Comment quantifier un dilemme éthique ? Des athlètes tels que Lance Armstrong ayant eu recours au dopage peuvent-ils se racheter ? Doit-on sur une base morale interdire l’usage des drones dans un conflit armé ?  Un jury de trois personnes évalue les réponses et près de 75 spectateurs remplissent des grilles d’évaluation et déterminent le « choix du public ».  

« Le concours se rapproche beaucoup d’émissions de télé réalité telles que Danse avec les stars ou Star Academy, explique Jeanine DeLay, présidente de A2Ethics, organisation dont la mission est de promouvoir l’éthique au travers de l’éducation, des réseaux sociaux et diverses manifestations. Nous voulons avant tout parler d’un sujet sérieux sans se prendre trop au sérieux. »

« Les Rotariens prennent en compte le Critère des quatre questions dans leurs décisions alors que d'autres ont des perspectives différentes et des valeurs qui leur sont plus personnelles », explique Karen Kerry, présidente élue du Rotary club d'Ann Arbor, qui espère d’ailleurs monter une équipe qui représentera son club en 2014.  

« Dans l’antiquité, les questions de société étaient débattues à l’Acropole pour les Grecs ou au Forum pour les Romains. Quant à nous, on fait ça dans un pub irlandais », confie avez humour Brad Chick, mari de Kerry, diplômé en philosophie  et fondateur de sociétés Internet et un des juges du concours.

Entamer une réflexion

L’atmosphère dans le bar est très bon-enfant ce jeudi soir dans le pub. Les conversations vont bon train autour du traditionnel fish and chips. Toutefois, elles cessent à la lecture de la première question par Erin Mattimoe, administratrice d’A2Ethics et maîtresse de cérémonie de la soirée : « Lors d’une élection, il n’est pas éthique de voter pour un candidat que vous jugez non qualifié. Qu'en pensez-vous ?    

Teri Turner s’avance vers le micro - elle représente une équipe d’employés du Centre de bioéthique et de sciences sociales de la faculté de médecine de l'Université du Michigan : « Je pense qu’un vote accordé en fonction d’une question clé ne constitue pas une entrave à l’éthique, déclare-t-elle. Par exemple, si je suis pour la paix et que je ne veux pas que mes enfants soient mobilisés et envoyés dans des zones de conflit, je voterai peut être pour un candidat incompétent, mais qui s’oppose à la guerre. »

« J’ai passé ma vie à voter pour le candidat le 'moins pire', et je pense que votre argument est tout à fait recevable », lance en riant Peter Jacobson, juge de profession et professeur à la faculté de droit de l'Université du Michigan.

Les équipes sont ainsi composées de professionnels venant de tous les horizons. Selon Erin Mattimoe, débattre de l’éthique dans une atmosphère conviviale et apporter des points de vue très divers, c’est en quelque sorte un peu comme le Rotary. 

Tiré d'un article paru dans le numéro d'août du magazine The Rotarian.

24-Jan-2014
RSS