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Un groupe de Dixieland ouvrait la marche. Les musiciens avançaient lentement sur un sentier tondu à travers une prairie restaurée; la trompette et la clarinette perçaient l’air de la fin d’après-midi. Des amis portaient des drapeaux de prière faits à la main. Les rires se mêlaient aux chants pendant que le cortège traversait le pré. Lorsqu’il s’est arrêté, une violoniste a joué « My Old Kentucky Home ». La famille de la jeune femme, que l’on célébrait comme un esprit aventureux et l’« âme de la fête », s’est fait passer une bouteille de bourbon du Kentucky; chacun en a pris une gorgée, puis en a versé un peu dans la tombe avant d’aider à remettre la terre en place à la pelle.
Amy Henricksen, membre du rotary club de Mount Vernon dans l’Ohio, se souvient vivement de cette cérémonie, non seulement parce qu’elle était profondément personnelle, mais aussi parce qu’elle marquait la première inhumation au Kokosing Nature Preserve, un cimetière naturel protégé qu’elle a contribué à créer dans la campagne pittoresque près de la petite ville universitaire de Gambier. On y trouve des tombes parmi des graminées indigènes, des milieux humides et des zones boisées. Il n’y a ni pierres tombales élaborées, ni caveaux en béton, ni corps embaumés. Avec le temps, la terre elle-même devient le mémorial.

La rotarienne Amy Henricksen a aidé à créer un cimetière écologique qui préserve des terres autour d’un collège de l’Ohio. « Ce n’est pas seulement un cimetière. »
Barney Taxel pour Kokosing Nature Preserve
Des cérémonies comme celle-ci demeurent peu courantes au Canada et aux États-Unis, mais l’intérêt pour l’inhumation de conservation grandit, une forme d’inhumation naturelle qui restaure et protège de façon permanente l’écologie historique ou indigène du terrain tout en rendant le corps directement à la terre. Pour certaines personnes, la motivation est environnementale. Pour d’autres, elle est spirituelle, culturelle ou personnelle. Pour certains membres du Rotary, ce choix reflète aussi un engagement de toute une vie envers l’intendance et le service.
Bien que sa formation soit en administration des affaires et de la santé, Henricksen a été embauchée en 2013 par la fiducie foncière du Kenyon College pour créer un plan d’affaires pour un lieu d’inhumation de conservation. Elle a été attirée par l’idée parce qu’elle s’intéressait déjà à l’inhumation écologique pour elle-même. « J’aimais l’idée de simplement retourner à la terre », dit-elle en souriant.
Autrefois terrain de golf, la Kokosing Nature Preserve a ouvert en 2015, et 23 acres de prairie restaurée sont désignés pour l’inhumation, avec 22 autres acres plantés de graminées indigènes et de fleurs sauvages pour un futur agrandissement. Henricksen en est devenue la première intendante et est maintenant directrice de la fiducie foncière. Elle s’est jointe au Rotary l’an dernier après avoir donné auparavant des conférences au club de Mount Vernon sur son travail.

Barney Taxel pour la réserve naturelle Kokosing
À l’ouverture de la réserve Kokosing, se souvient-elle, bien des gens ne savaient pas que l’inhumation écologique était même une option. « Ils pensaient que l’embaumement et un caveau de béton étaient exigés par la loi. Nous avons donc dû faire beaucoup de sensibilisation au début. »
Kokosing est certifiée au niveau le plus élevé par le Green Burial Council, une désignation qui exige une entente de conservation permanente et juridiquement contraignante, la restauration active de l’habitat naturel et un fonds d’entretien perpétuel pour assurer la protection du terrain à long terme.
Cette distinction est importante. Une « inhumation écologique » peut simplement signifier l’absence d’embaumement pour préserver le corps plus longtemps ainsi que l’utilisation d’un cercueil biodégradable ou d’un linceul, tandis que l’inhumation de conservation lie explicitement les soins funéraires à la préservation du territoire.

Le service pour Lincoln Boyd Stevens, professeur de philosophie, à la réserve naturelle Kokosing en 2020.
Réserve naturelle Kokosing et la famille Stevens
« Ce n’est pas seulement un cimetière », dit Henricksen. « C’est un projet de conservation. » Ce type de préservation va plus loin en favorisant des écosystèmes sains composés d’une diversité de plantes, d’animaux et d’insectes. Il protège des paysages d’importance culturelle afin que les générations futures puissent en profiter et empêche l’aménagement pour protéger les sources d’eau, les forêts, les sols fertiles et d’autres ressources naturelles, explique Henricksen.
Elle voit un parallèle évident avec l’axe stratégique environnement du Rotary. « Vous protégez des terres, restaurez des habitats et aidez les gens à avoir des conversations significatives sur la mort », dit-elle. « Pour moi, cela correspond tout à fait au Rotary. »
Ce qui l’a frappée au début — et la frappe encore —, c’est à quel point ces enterrements sont physiques et participatifs. Les familles portent souvent le corps, le descendent dans la tombe et pelletent la terre. Le travail est lent, intentionnel, parfois épuisant.
À Kokosing, une famille a enterré un golfeur passionné après avoir placé des tés de golf en bois sur son cercueil, avec un nid de colibri qu’il avait trouvé peu avant sa mort. D’autres enveloppent leur proche dans des courtepointes faites à la main.
« Pour beaucoup de gens, cet acte physique est cathartique », dit Henricksen. « C’est une façon de traverser le deuil. »
L’importance accordée au pouvoir d’agir des familles traverse le mouvement des enterrements de conservation.
Au cours du siècle dernier, les soins funéraires au Canada et aux États-Unis sont devenus de plus en plus professionnalisés. L’embaumement, les cercueils hermétiques, les caveaux en béton et les heures de visite officielles sont devenus la norme, même si ces pratiques sont des conventions culturelles plutôt que des exigences.