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Être pacifiste dans l’Allemagne nazie signifiait être considéré comme un traître.
C’est pourquoi le grand-père d’Anne Kjær Bathel et sa famille ont tout quitté en 1933, plutôt que de se soumettre aux exigences du régime hitlérien. Ils se sont réfugiés au Danemark, où ils ont trouvé du travail et un foyer et ont pu rester fidèles à leurs convictions de non-violence. « S’ils n’étaient pas partis, ils auraient été envoyés dans des camps de concentration et je ne serais pas en vie, ça, c’est certain », dit-elle.
Aujourd’hui, l’histoire de sa famille inspire son travail pour aider les réfugiés à relancer leur carrière lorsqu’ils s’installent dans un nouveau pays.
Il y a environ 10 ans, Bathel, 43 ans, a cofondé la ReDI School of Digital Integration pour aider les réfugiés à décrocher des emplois en technologie. Depuis, l’école a pris de l’expansion dans plusieurs villes en Allemagne, au Danemark et en Suède, et a aidé plus de 30,000 personnes, en offrant gratuitement des cours de programmation et d’informatique ainsi que des possibilités de carrière et de mentorat en partenariat avec plus de 100 entreprises et organismes publics. En février 2025, Bathel a été nommée l’une des six champions de paix de Place à l’action du Rotary.

Crédit photo : Adam Berry
Les programmes du Rotary ont contribué à façonner la vision du monde de Bathel dès l’âge de 16 ans, lorsqu’elle a quitté la maison familiale en Norvège pour se rendre en Australie comme étudiante du Youth Exchange du rotary. Elle se souvient d’avoir rencontré d’autres étudiants du monde entier lors de voyages organisés et d’avoir commencé à comprendre comment les gens pouvaient vivre en paix malgré des cultures et des langues différentes.
À 18 ans, elle a participé à un programme des ryla sur une base militaire en Norvège. Issue d’une famille pacifiste, c’était une occasion unique.
« Encore aujourd’hui, je me souviens d’une conversation très sérieuse sur la question de savoir si tout le monde, surtout les jeunes hommes, devrait servir dans l’armée. J’y étais fortement opposée, et j’en discutais avec un général de l’armée norvégienne », dit-elle. « Ce qui m’est resté, c’est que, bien sûr, nous n’étions pas d’accord, mais il m’a écoutée et j’ai donc pu l’écouter moi aussi. »
Ses études l’ont menée à l’université chrétienne internationale, au Japon, où elle a fait des recherches sur l’innovation sociale ouverte en tant que boursière de la paix du rotary. Elle a rédigé son mémoire de maîtrise dans la Silicon Valley avec OpenIDEO, une plateforme qui vise à concevoir des solutions à des problèmes de société.
« Mon intérêt a toujours porté sur l’innovation sociale et l’entrepreneuriat social, dit-elle. Comment nous assurer de trouver les idées vraiment porteuses et, lorsque ces idées sont mises en œuvre dans des projets pilotes, vérifier s’il s’agit de bonnes idées? Et comment suivre les données d’impact pour comprendre quelles idées faire avancer et déployer à plus grande échelle? »
Pendant son séjour dans la Silicon Valley, Bathel a rencontré le Stanford Peace Innovation Lab. Ensemble, ils ont collaboré à l’ouverture d’un Peace Innovation Lab à Berlin en 2012, réunissant des gens d’entreprises à but lucratif, d’organismes sans but lucratif, du milieu politique et du milieu universitaire pour discuter d’enjeux locaux.
Un sujet de discussion : la crise des réfugiés qui a commencé à se développer en Allemagne et dans d’autres régions d’Europe en 2015. À l’époque, il y avait un afflux de réfugiés arrivant de Syrie, et Bathel a commencé à visiter des camps de réfugiés pour essayer de comprendre leurs besoins.
« C’est là que j’ai rencontré Mohammed, qui venait d’Irak et qui avait un baccalauréat de l’université de Bagdad. Comme il détenait un diplôme en informatique, il voulait travailler dans le secteur technologique en Allemagne », dit-elle. Mais il n’avait pas d’ordinateur portable pour maintenir ses compétences en programmation. Il allait à la bibliothèque, mais ne pouvait utiliser l’ordinateur que pendant une durée limitée.
Ils ont poursuivi leur conversation, et deux autres amis se sont joints à eux lors de leur rencontre suivante. Ces amis ont amené d’autres amis. Rapidement, l’idée de la ReDI School a pris de l’ampleur.
L’école a été à la hauteur pendant la pandémie de COVID-19 parce qu’elle pouvait joindre des étudiants quand de nombreuses écoles traditionnelles n’y arrivaient pas, dit-elle. Des étudiants afghans, surtout des femmes, se sont inscrits à l’école lorsque les talibans sont revenus au pouvoir, et il y a eu un autre élan lorsque la Russie a envahi l’Ukraine et que des réfugiés ont fui vers l’Allemagne. « En un sens, quand le monde est en crise, nous prenons de l’ampleur parce que le besoin est là », dit Bathel.
Aujourd’hui, 71 % des anciens étudiants en technologie de ReDI occupent un emploi à temps plein ou sont entrés à l’université pour faire progresser leur carrière, ajoute-t-elle. Pour n’en nommer que deux : son premier collaborateur, Mohammed, est maintenant développeur principal chez Accenture, et un autre étudiant, un ingénieur de Syrie, est expert en cybersécurité chez Cisco.

Anne Kjær Bathel (à gauche) avec des apprenants de la ReDI School venus d’Ukraine. L’école a aidé plus de 30�0 personnes. Avec l’aimable autorisation d’Anne Kjær Bathel
« C’est très beau de voir ces vies transformées, mais aussi des entreprises transformées qui comptent plus de diversité et qui peuvent donc, espérons-le, créer de meilleurs produits », dit-elle. « Notre rôle est modeste, mais nous pouvons voir l’impact lorsque les réfugiés s’intègrent bien dans la société. »
Au fil des ans, ReDI a lancé diverses initiatives. L’organisme a travaillé à augmenter le nombre de femmes dans ses cours et a offert des services de garde à celles qui en avaient besoin pendant qu’elles fréquentaient l’école. ReDI a ensuite commencé à offrir des cours de technologie aux enfants au service de garde, avec l’aide financière d’une subvention mondiale de la fondation rotary. Son initiative la plus récente porte sur les compétences liées à l’intelligence artificielle, dans le but de former 1 million d’étudiants en IA au cours des cinq prochaines années, dit-elle.
Le plus grand souhait de Bathel est la paix dans les pays d’origine de ses anciens élèves et leur retour avec de nouvelles compétences. « Parce que c’est le souhait de tous les réfugiés, dit-elle. Ils ne partent pas parce qu’ils n’aiment pas leur pays. Ils partent parce qu’ils ne peuvent pas survivre. »
Un autre souhait, plus large : que des gens partout dans le monde posent régulièrement de petits gestes puissants en faveur de la paix. La meilleure façon de commencer? Se demander ce qui peut être fait dans les cinq prochaines minutes, les cinq prochaines heures, les cinq prochains jours, les cinq prochains mois, dit-elle.
« Vous pouvez aller dire quelque chose de gentil à votre conjoint. Ou, avec vos enfants, vous pouvez sortir ramasser des déchets. Ou vous pouvez donner de l’argent à une personne en situation d’itinérance ou discuter avec elle pour lui demander ce dont elle a vraiment besoin », dit Bathel.
« Je crois vraiment en ces petites actions qui créent un élan, qui deviendront une vague et un mouvement capables de changer la société pour le mieux. »
Cette histoire a d’abord paru dans le numéro de février 2026 du magazine Rotary.