Tokyo rise

Découvrez comment Tokyo allie innovation, culture et hospitalité alors que des membres du Rotary se rassemblent pour créer un impact durable.

by Jonathan W. Rosen
3 sept. 2019

Rotary Club de Tokyo Hiroo, Japon
 

Même selon les normes de Tokyo, l’une des grandes capitales culinaires du monde, ce qu’on trouve sur la table de salle à manger de Yoko Hattori est impressionnant. En cette soirée de mai, la gouverneure du district 2750 en 2018-2019 a préparé des rouleaux de sushi maki, garnis de crabe frais et de concombre, ainsi que des pochettes de tofu inari dorées, remplies de riz. Il y a aussi de profondes tranches rouges de thon katsuo saisi et une assiette de poitrine de porc braisée fondante, ou kakuni, mijotée pendant des heures dans de la sauce soja, du saké et du gingembre.

Des membres du club de Tokyo au Zōjō-ji, un temple bouddhiste historique de Tokyo.

Les membres du Tokyo Hiroo, Nikolaus Boltze (de gauche à droite), Ai Ito, Yoko Hattori et Alain Wacziarg, au Zōjō-ji, un temple bouddhiste historique de Tokyo.

Crédit photo : Irwin Wong


Il y a aussi des délices non japonais : après tout, le dîner est pour les membres du Rotary Club of Tokyo Hiroo de Hattori, qui viennent de six pays sur quatre continents. Alain Wacziarg, un Parisien qui vit à Tokyo depuis 45 ans, a apporté un pain de campagne et un authentique camembert. Il y a même du guacamole. « C’est Hattori-san qui l’a préparé », dit Pablo Puga, le seul Mexicain du club, en utilisant le titre honorifique japonais pour son hôtesse.

Si ce dîner semble plus festif qu’une réunion typique du rotary, il y a une bonne raison. Plusieurs fois par an, le club s’écarte de son horaire habituel du jeudi midi et tient une réunion du soir plus informelle chez un membre. Il se trouve aussi que c’est la première fois que le club se réunit pendant la nouvelle ère impériale du Japon : le 1er mai, Naruhito, âgé de 59 ans, a succédé à son père, Akihito, pour devenir le 126e empereur du Japon, marquant la fin de l’ère Heisei, qui a duré 30 ans, et le début de l’ère Reiwa, ou « belle harmonie ». La transition s’est accompagnée d’un congé national sans précédent de 10 jours.

Tokyo Hiroo, le seul club bilingue du Japon, est fier d’être différent. Alors que la plupart des rotariens au Japon sont des hommes plus âgés, le plus jeune des 30 membres de ce club a 33 ans, et environ la moitié sont des femmes. Les réunions se déroulent en japonais et en anglais, et la plupart des membres parlent les deux langues.

Fondé en 2001, le Rotary Club of Tokyo Hiroo est le résultat d’une initiative menée par Wacziarg et d’autres rotariens expatriés pour créer un club anglophone dans la capitale japonaise. Il a été nommé d’après le quartier Hiroo de Tokyo, un secteur huppé composé de copropriétés, de boutiques et d’ambassades où vivaient plusieurs de ses membres.

Aujourd’hui, le club se réunit dans le quartier voisin de Roppongi, qui abrite des sociétés multinationales, des détaillants de luxe et certains des lieux de vie nocturne les plus célèbres de Tokyo. Son lieu de réunion habituel, le Roppongi Hills Club, se trouve au 51e étage d’un point de repère de Tokyo : la tour Mori, haute de 54 étages, qui possède une plateforme d’observation sur le toit offrant une vue à 360 degrés sur la plus grande région métropolitaine du monde. Par temps clair, on peut même voir au loin le sommet du plus haut mont du Japon, le mont Fuji.

Le seul club bilingue du Japon est fier de se démarquer.

En raison de ses liens internationaux, Tokyo Hiroo est particulièrement bien placé pour l’action internationale. Depuis plus de 10 ans, le club dirige un projet au Kenya qui a commencé lorsque Dennis Awori, ancien ambassadeur du Kenya au Japon, était membre du club Hiroo. Depuis, en travaillant avec le Rotary Club of Nairobi-East, dont Awori est maintenant membre, et plusieurs autres clubs japonais, Tokyo Hiroo a soutenu la construction de plus de 30 puits partout au Kenya. Les puits sont forés selon une technique japonaise du XIXe siècle appelée kazusa-bori qu’un petit groupe de personnes peut utiliser avec des matériaux disponibles localement. « Ces puits sont parfaits pour les régions rurales, parce qu’ils n’ont pas besoin d’électricité », dit Michiko Mitarai, qui s’est rendue au Kenya avec un groupe de membres de Tokyo Hiroo en 2013. Le projet a reçu deux subventions de la fondation rotary.

Le club soutient aussi des causes plus près de chez lui. Il parraine un club Interact à la Canadian International School Tokyo et, tous les quelques ans, accueille un étudiant étranger à l’université grâce à une bourse de la Rotary Yoneyama Memorial Foundation (Umekichi Yoneyama est l’homme qui a introduit le rotary au Japon en 1920). Comme les membres du club parlent couramment anglais, ils sont des atouts importants pour le district 2750, qui comprend des clubs non japonophones des États du Pacifique, soit les Palaos et la Micronésie, ainsi que les territoires américains de Guam et des îles Mariannes du Nord. Les membres accueillent des étudiants choisis par les clubs de ces régions pour visiter le Japon dans le cadre d’échanges.

Nikolaus Boltze, président de club en 2019-20, est un Allemand qui vit au Japon depuis deux décennies; il dit que la plus grande force de Tokyo Hiroo est la diversité de ses membres. D’une certaine façon, c’est aussi son plus grand défi : de nombreux membres étrangers viennent à Tokyo pour des affectations temporaires, dit-il, ce qui signifie que le roulement est élevé. Mais malgré les défis, le club grandit : selon Boltze, l’effectif a augmenté de 50 pour cent au cours des dernières années et demeure stable alors que le club se prépare à une année bien remplie. En juillet et en août prochains, pendant les Jeux olympiques de 2020, le club prévoit tenir des réunions et des événements pour accueillir les rotariens étrangers qui viendront au Japon pour les Jeux. À la fin de cette année-là, il célébrera son 20e anniversaire.

Cependant, en cette soirée bien précise, les discussions sur tout cela peuvent attendre. Alors que le vin continue de couler et qu’un gâteau au fromage fait le tour, les affaires ont largement cédé la place aux échanges sociaux, qui se poursuivent tard dans la nuit tokyoïte.

Ce reportage a d’abord paru dans le numéro de septembre 2019 du magazine rotary.

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