Le pouvoir de l'esprit sur l'antimatière
Par Susie Ma
Rotary Canada -- janvier 2012
Makoto Fujiwara.
Photo : Josh Fassbind
B ien avant qu’il ne commence à capturer des atomes d’antimatière, Makoto Fujiwara était un timide boursier de la Fondation dont la préoccupation principale était de pouvoir être admis dans la classe supérieure. Ayant découvert le programme des bourses de la Fondation lorsqu’il était Rotaractien, M. Fujiwara se fit parrainer par le Rotary club japonais de Kofu South pour étudier la physique à l’université de Colombie Britannique (UBC) à Vancouver et il arriva sur le sol canadien au cours de l’été 1992.
Une fois son diplôme de Bachelor of Science obtenu, il renonce à son plan d’origine de retourner à Tokyo pour y travailler en tant qu’ingénieur et décide de rester à UBC pour décrocher un Master puis un doctorat en sciences physiques. Il accepte ensuite au travers de l’Université de Tokyo un poste postdoctoral au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève, et retourne à Vancouver en 2004 en tant que chercheur à TRIUMF (Laboratoire canadien pour la recherche en physique nucléaire et en physique des particules). Il dirige depuis une équipe internationale conduisant des recherches révolutionnaires sur l’antimatière dont les découvertes l’ont propulsé à l’avant-scène de la physique des particules.
« Quelque fois je me demande quelle aurait été ma vie si je ne travaillais pas dans cette discipline, confie M.Fujiwara, qui est également professeur auxiliaire en sciences physiques et en astronomie à l’université de Calgary. Jusque là, je n’ai pas à me plaindre. »
Lorsqu’il est arrivé à Vancouver en tant que boursier de la Fondation, un des premiers Rotariens locaux que M. Fujiwara a rencontré était Jane LePorte, du Rotary Club de Burnaby-Deer Lake. Elle l’a aidé à s’installer et l'a présenté à d’autres boursiers et Rotariens. Le définissant affectueusement comme « un professeur dans la lune », elle fait remarquer que le jeune homme timide quelle a connu donne aujourd’hui des conférences dans le monde entier. « Le Rotary lui a permis de venir étudier dans une autre pays et de s’épanouir pleinement », explique-t-elle.
Makoto Fujiwara était un enfant curieux de tout et fasciné par la science fiction. À l’école primaire, il a même fabriqué des radios, une passion qu’il partageait alors avec ses oncles, eux-mêmes radios amateurs.
Aujourd’hui, l’antimatière, un mystère de la physique moderne, est l’objet de toute son attention. Selon la théorie du Big Bang, la matière et l’antimatière ont été créées en quantités égales à la création de l’univers. Cependant, aucune antimatière ne subsiste, un phénomène que la science a du mal à expliquer. « Notre approche est de fabriquer artificiellement des atomes d’antimatière en laboratoire, d’étudier leurs propriétés et d’identifier les différences avec la matière qui auraient pu provoquer leur disparition », explique M. Fujiwara.
« Il est extrêmement intelligent et il dispose d’une énergie inépuisable », dit de lui Nigel Lockyer, directeur de TRIUMF.
Ces atouts lui ont permis de trouver un financement pour ses recherches et de recruter 15 scientifiques canadiens pour se pencher sur le mystère de l’antimatière. Il a passé avec son équipe la moitié de l’année au CERN afin d’utiliser l’accélérateur de particules dans le cadre de ses expériences.
Une première découverte importante a eu lieu au CERN en 2002 lorsque l’équipe fut en mesure de produire de l’antimatière en grande quantité. Puis en novembre 2010, à TRIUMF, M. Fujiwara et son équipe ont réussi à capturer des atomes d’antimatière pour la première fois – une avancée majeure car dès que la matière et l’antimatière sont mise en présence l’une de l’autre, elles se détruisent. Enfin, en juin dernier, l’équipe est arrivée à conserver de l’antimatière pendant plus de 16 minutes, suffisamment longtemps pour pouvoir en étudier les propriétés.
« Maintenant que nous savons capturer les atomes d’antimatière, il y a beaucoup à faire, affirme M. Fujiwara. C’est une toute nouvelle discipline de la science qui s’ouvre à nous. »
Selon M. Fujiwara, le Rotary lui a permis d’arriver à ce stade aujourd’hui : « Sans le Rotary, je n’aurais pas étudié la physique et je ne me serais pas rendu au Canada en tant que boursier, conclut-il. Cela a été pour moi le point de départ d’une belle aventure. »