L'éducation, c'est la vie
Susie Ma
Rotary Canada -- Juillet 2012
Les diplômées d’Atsikana Pa Ulendo, une école secondaire du Malawi soutenue par les Rotariens de l’Alberta et de Colombie Britannique.
L es adolescentes du Malawi doivent faire face à de nombreux défis qui les empêchent souvent de faire des études secondaires.
Christie Johnson, en charge de la collecte de fonds, et sa collègue Memory Mdyetseni, qui dirige l’école.
Grossesse, mariage forcé, abus sexuel, risque de contracter le sida, éloignement de l’école et scolarité trop onéreuse sont une réalité pour de nombreuses jeunes filles de 14 à 22 ans.
Christie Johnson, enseignante d’Edmonton, découvre cette situation en 2000 lors d’une mission bénévole dans une école secondaire pour filles au Malawi pour le compte d’une organisation caritative canadienne. Des problèmes de financement obligent l’école à fermer et elle retourne alors au Canada dépitée par ce qu’elle a vu et touchée par les jeunes filles qu’elle a rencontrées.
Le père de Christie Johnson, l’ancien gouverneur Larry Johnson, l’encourage à parler de son expérience à des Rotary clubs. À l’issue de ses présentations, de nombreux Rotariens se proposent spontanément de parrainer une jeune fille et elle collecte assez de fonds – y compris des Rotary clubs d’Edmonton West et de St. Albert – pour financer la scolarité de 24 élèves. C’est le début d’une longue collaboration qui va aboutir à la création d’Atsikana Pa Ulendo, une école secondaire pour les filles d’une zone rurale du Malawi.
Encouragée par ce soutien, Mme Johnson cherche alors un moyen de faire parvenir les fonds au Malawi et de trouver des écoles pour les jeunes filles. Elle recrute à cet effet Memory Mdyetseni, une amie enseignante du pays, âgée de 20 ans et ayant elle-même des difficultés à financer ses études supérieures.
Christie Johnson se charge de collecter des fonds auprès des Rotary clubs pendant que Memory Mdyetseni retrouve les jeunes filles qui étaient retournées dans leur village après la fermeture de leur école. Une fois les fonds nécessaires obtenus, il reste toujours le problème de leur transfert au Malawi. Rafiq Nathanie, alors gouverneur du District 9210 (parties d’Afrique du Sud), accepte donc d'avancer le premier versement sur ses fonds propres.
Au final, toutes les jeunes filles concernées ont terminé leurs études et certaines ont même rejoint une école de commerce ou une université. Aujourd’hui, elles sont chefs d’entreprise, travaillent dans des banques, sont enseignantes, etc. Christie Johnson a également trouvé un parrain pour les études de Memory Mdyetseni qui a finalement obtenu son diplôme d’enseignante en 2006.
« J’ai conscience de la puissance de l’éducation et je voulais venir en aide à d’autres jeunes femmes en difficulté, » ajoute cette dernière. C’est pourquoi elle contacte à l’époque Mme Johnson avec une idée en tête pour passer à la vitesse supérieure. « Elle voulait construire une école et je trouvais ça un peu fou, se rappelle Christie Johnson. C’est autre chose que de simplement ramener des filles à l’école. » Face à l’insistance de Memory, elle accepte finalement de continuer à rechercher des fonds. Ayant déménagé à Victoria, elle s’adresse aux Rotary clubs de Colombie Britannique. David Stocks, ancien gouverneur et membre du Rotary club de Sooke, organise une réunion de travail avec d'autres Rotariens pour élaborer un plan d’action. En 2007, le don d’un terrain de 23 hectares à 40 km à l’Ouest de la capitale Lilongwe est finalisé.
Atsikana Pa Ulendo, qui pourrait se traduire par « filles en mouvement », ouvre ainsi ses portes en 2008 et plus de 500 filles posent leur candidature pour l’une des 80 places disponibles. L’année suivante, se sont plus de 4 000 candidatures qui arrivent à l’école. En 2011, la première promotion d’élèves est reçue à l’examen national avec un taux de réussite de 95 %. Pour Christie Johnson, la raison de ce succès est liée à la qualité des enseignants, ainsi qu’à celle de la nourriture, de l’eau et de l’environnement apportés aux élèves.
Les Rotary clubs et particuliers ont versé plus de 70 % du 1,65 million de dollars collecté pour l’école depuis 2006. Cette somme a permis la construction de 13 bâtiments comprenant des salles de classe, un laboratoire de sciences, une cafétéria, des bureaux, une fosse septique et un réservoir d’eau. L’école a une bonne réputation, ce qui lui permet d’attirer également des élèves qui ont les moyens de payer les frais de scolarité et ainsi aider à subventionner les plus pauvres. « Nous cherchons à obtenir un ratio de deux élèves payants pour une boursière, affirme Christie Johnson. Nous n’avons pas l’intention de mettre en place une œuvre caritative qui se poursuive éternellement, nous souhaitons une école qui soit auto-suffisante. »
Pour David Stocks, qui a visité l’école en 2009, c’est l’appropriation de l’école par les Malawiens qui est l’une des clés de son succès. Il s’agit de l'action la plus importante que la communauté n'ait jamais connue et elle contribue fortement au développement de l’économie locale.
Mmes Mdyetseni et Johnson développent désormais un programme de formation des enseignants pour en augmenter le nombre au Malawi. L’éducation permet aux jeunes femmes de s’exprimer et de devenir indépendantes. « Dans les zones rurales du Malawi, l’éducation, c’est la vie, » conclut Memory Mdyetseni.